17 décembre 2025
L’omniagogie : pour une approche intégrative de l’apprentissage tout au long de la vie
Je propose, à travers le concept d’omniagogie, un cadre de compréhension et de conception des situations d’apprentissage, destiné à dépasser les cloisonnements persistants entre pédagogie, andragogie et autres approches de l’apprentissage. Je remarque que les dispositifs éducatifs et de formation ne tiennent toujours pas compte de la complexité des parcours individuels. J’inscris l’omniagogie dans une perspective systémique, développementale et inclusive de l’apprentissage tout au long de la vie.
1. Constats initiaux et positionnement
Mes expériences d’ingénierie pédagogique, de formation de formateurs et d’accompagnement de publics très hétérogènes m’ont conduit à un constat récurrent : les individus n’échouent pas à apprendre, ce sont souvent les cadres d’apprentissage qui échouent à s’adapter à leur diversité.
Les recherches en sciences de l'éducation et en sciences cognitives montrent que l'apprentissage est dynamique, dépend du contexte et implique plusieurs facteurs (Illeris, 2018 ; Dehaene, 2018). Dans la pratique, les modèles restent souvent séparés selon l'âge, le statut ou le contexte institutionnel. L'apprentissage, les modèles et les réalités du terrain sont difficiles à communiquer. En réponse à ce constat, j'ai initié le concept d'omniagogie pour réunir l'apprentissage, les modèles et les réalités du terrain.
2. Définition de l’omniagogie
J’entends par omniagogie une approche globale et inclusive de l’apprentissage, visant à articuler les dimensions cognitives, expérientielles, sociales et émotionnelles de l’acte d’apprendre, indépendamment de l’âge, du statut ou du contexte de l’apprenant.
Je ne propose pas une méthode supplémentaire, ni un modèle prescriptif. L’omniagogie se veut un cadre conceptuel, permettant de penser l’apprentissage comme un continuum du développement de l'individu en intégrant :
- la pédagogie,
- l’andragogie,
- la pairagogie,
- les apprentissages informels et expérientiels.
3. Ancrages théoriques mobilisés
Dans la construction de ce cadre, je m’appuie sur plusieurs courants théoriques que je considère comme complémentaires plutôt que concurrents :
- le socioconstructivisme (Vygotski, Bruner), pour la dimension sociale de l’apprentissage
- l’apprentissage expérientiel (Kolb), pour le rôle central de l’action, de l'expérimentation et de la réflexivité
- les théories de l’autodétermination (Deci & Ryan), pour les mécanismes motivationnels
- les approches systémiques de l’apprentissage (Illeris), pour l’articulation cognition–émotion–contexte.
L’omniagogie ne cherche pas à unifier ces théories, mais à créer un espace de cohérence opérationnelle entre elles.
4. Apports pour la recherche en sciences de l’éducation
Je soutiens que l'omniagogie propose un cadre utile pour voir l'apprentissage comme un processus continue, qui change et qui dépend du contexte. L'omniagogie permet, par exemple :
- d’analyser les trajectoires d’apprentissage tout au long de la vie,
- de mieux comprendre les mécanismes de transfert entre contextes formels, non formels et informels,
- de dépasser les approches strictement centrées sur des programmes officiels prescrits par l’institution, au profit d’une logique de développement de l'individu basée sur ses propres besoins.
Je pense aussi que l'omniagogie est un outil pour aborder la diversité des apprenants sans les réduire à des catégories fixes. L'omniagogie propose une lecture active des profils, en interaction constante avec les situations proposées. L'omniagogie encourage à ajuster chaque situation d'apprentissage aux besoins de chaque apprenant.
5. Les effets du développement sur les individus
J’envisage l’apprentissage comme un vecteur central de développement de l’individu, au sens cognitif, social et identitaire. J’accorde une place centrale :
- à la métacognition et à l'analyse de ses propres actions,
- à la reconnaissance de l’expérience comme savoir légitime,
- au droit à l’erreur comme moteur de transformation,
- à la coopération et à l’intelligence collective.
Ces principes rejoignent les travaux sur l’apprentissage transformateur (Mezirow) et me semblent essentiels pour accompagner des individus appelés à évoluer dans des environnements complexes et incertains.
6. Limites et perspectives de recherche
Je suis conscient que l’omniagogie, en tant que concept émergent, nécessite :
- une formalisation théorique progressive,
- des validations empiriques rigoureuses,
- des confrontations critiques avec les modèles existants.
Mon intention n’est pas de figer l’omniagogie, mais de l’inscrire dans une dynamique de recherche ouverte, susceptible d’être enrichie par des travaux interdisciplinaires et des expérimentations de terrain.
Conclusion
À travers l'omniagogie, je propose une façon plus large et plus humaine pour aborder l'apprentissage, afin de montrer à quel point il est réellement complexe. En dépassant les cloisonnements traditionnels entre approches éducatives, ce cadre entend contribuer à une réflexion scientifique renouvelée sur l'enseignement, la formation et le développement des individus tout au long de la vie.
Références
- Dehaene, S. (2018). Apprendre ! Les talents du cerveau, le défi des machines. Odile Jacob.
- Illeris, K. (2018). Contemporary Theories of Learning. Routledge.
- Kolb, D. (1984). Experiential Learning. Prentice Hall.
- Deci, E. L., & Ryan, R. M. (2000). The “What” and “Why” of Goal Pursuits. Psychological Inquiry.
- Mezirow, J. (1997). Transformative Learning. Adult Education Quarterly.
- Gosselin, P. (2024). L’omniagogie : pour une approche intégrative de l’apprentissage. Concept théorique en sciences de l’éducation.
